Saturday, August 10, 2013

(Fr) Israel Air Force Vs THK (Armée de l’air Turque) – Jérusalem reprend la main


Sans vouloir noircir, outre-mesure, le tableau entre les deux puissances régionales de l’Orient – la Turquie est autant d’Asie que du Levant –  que sont Jérusalem et Ankara, force est de reconnaître que deux forces aériennes se disputent la suprématie dans cette partie du monde. D’un côté, nous avons l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal, autrement dit l’armée de l’air israélienne), et son parc aérien de première ligne. Soit 83 F-15A Baz, C/D Akef, et I Ram et 362 F-16C/D Barak et I Soufa. Et, de l’autre, se tient la Türk Hava Kuvvetleri (THK, armée de l’air turque), qui aligne quelques 243 F-16C/D Block 50 de première ligne.

Sans dire que ces deux forces se regardent en chien de faïence, elles se toisent nécessairement en raison de leur proximité et, surtout, de la concurrence géopolitique et géostratégique qui anime, de fait, leurs pouvoirs politiques respectifs.

C’est, par ailleurs, peu de dire que les hommes de tête qui président aux destinées de ces deux puissances n’ont – passée l’impérieuse nécessité de se supporter l’un l’autre – guère d’atomes crochus. Le Premier ministre israélien, Binyamin Nétanyahu, n’a que peu d’affect pour son homologue d’Ankara, Reccep Tayyip Erdoğan. Et réciproquement.

Sans (rassurons nos lecteurs) qu’il faille s’attendre à quoi que ce soit d’irréparable entre les deux flottes aériennes concurrentes, celle-ci étant opérées par des professionnels de (ça n’est pas un jeu de mots) de haut vol, il est toujours intéressant de pouvoir les situer l’une par rapport à l’autre.

Récemment, les pilotes turcs pouvaient se dire que les aléas de la technologie leur étaient favorables, Jérusalem ayant dû clouer au sol, à la fois, ses F-15I Ram et ses F-16I Soufa, les deux appareils partageant la même motorisation : le Pratt & Whitney F100-PW-229. Deux sur un F-15I, un seul sur un F-16I. Les F-16I ayant fait l’objet de l’accord israélo-américain Peace Marble V. Notons que, précédemment, le F-16I Soufa avait déjà été suspendu de vol en septembre 2009.

De fait, la stricte arithmétique aura mis, peu ou prou, sur la touche quelques 126 appareils de première ligne (24 F25I Ram et 102 F-16I Soufa), côté israélien. Soit 319 appareils de première ligne restants pour faire la nique aux 243 F-16C/D Block 50 turcs !

Aujourd’hui, ce sont les pilotes de l’Heyl Ha’Avir qui peuvent arborer un sourire narquois et, en quelque sorte, reprendre largement la main. En effet, le ministre turc de la Défense, Esmet Yelmaz, vient de reconnaître que des démissions massives ont touché la Türk Hava Kuvvetleri (THK) suite au procès Ergenekon impliquant une ribambelle d’officiers dans le coup d’État visant Erdoğan. Yelmaz précisant même qu’une centaine de personnels navigants ont « abandonné leur poste » en tout juste un mois (2013).

En effet, entre janvier et février 2013, période consacrée dans l’armée turque aux départs à la retraite et aux démissions, 110 demandes de démission ont été déposées dont 63 émanant de pilotes de chasse. Si le ministère turc de la Défense n’a pas donné les raisons qui ont poussé ces militaires à rendre ainsi leur tablier, un journal américain, se référant à des sources parlementaires locales, a fait le lien avec les arrestations de centaines d’officiers mêlés, de près ou de loin, au procès fleuve qui a fait passer devant la justice plusieurs dizaines de personnes, dont des généraux, des hommes politiques et des journalistes, tous accusés d’avoir voulu renverser Reccep Tayyip Erdoğan.

Or, c’est le 5 août 22013 que la justice a rendu son verdict. Le Tribunal de Silivri a prononcé de lourdes peines, dont 16 condamnations à la prison à vie. Il a, notamment, condamné à la réclusion à perpétuité l’ancien, et 26ème, chef d’état-major des armées, le général Ilker Başbuğ, pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel par la force ». D’autres fortes têtes de l’establishment militaire, comme l’ex-patron de la Jandarma (gendarmerie turque), Sener Eruygur, et l’ex-chef de la 1ère Armée, Hürsit Tolon, ainsi que le journaliste Tuncay Özkan et le chef du petit İşçi Partisi (IP, Parti des travailleurs, nationaliste de gauche), Dogu Perinçek, ont également été condamnés à la prison à vie. Quant au journaliste vedette du quotidien (de gauche), Cumhuriyet, Mustafa Balbay, élu pendant sa détention député du principal parti d’opposition, le Cumhuriyet Halk Partisi , il a écopé de 35 ans de prison.

Autre élu CHP, l’ex-recteur d’université, le Pr. Mehmet Haberal, a été condamné à 12 ans et demi de prison. De manière générale, les observateurs estiment que la justice s’estlargement  discréditée dans ce procès, « politique », selon eux, et ils prévoient un automne chaud en Turquie. Apparemment, au sein de la THK, certains ont décidé de prendre les devants…

Pour revenir à la rivalité entre Tsahal et THK, naturellement, les seuls calculs arithmétiques ne font pas les victoires militaires. Sans préjuger de l’expertise et des talents des pilotes de la THK , la perfection de toute opération se voit, outre les hommes, dans sa préparation. Et, là, rappelons que, lorsqu’ils le veulent les Israéliens savent être méticuleux et… redoutables ! Gardons, ici, en mémoire la destruction du site nucléaire d’Osirak , qui se fera aux nez et à la barbe de la chasse irakienne dont aucun de ses 300 appareils – l’Al-Kuwwat Al-Jawwiya Al-Irakiya alignant des MiG-23, 29 et 25 de dernière génération, sans compter les Mirage F-1EQ5/6 français – ne saura inquiéter la petite huitaine de F-16C Barak israéliens impliqués directement dans le raid sur Tamouz, dont l’attaque elle-même n’aura pas dépassé la minute.

Un raid conçu par le colonel Avram Séla, mais où le génie militaire de Yiftah Spektor, lui aussi colonel, a, probablement, eu sa part. Après avoir survolé, sans la plus petite autorisation, le territoire de trois pays (supposément) hostiles, les F-16 ont frappé de leurs bombes Mk-84 de 900 kg la centrale irakienne de plein fouet. L’une d’elle atteindra la coupole qui s’effondra immédiatement. La réaction en chaîne qui suivra détruira totalement le réacteur. Le pari des planificateurs de la mission, qui ont privilégié des bombes classiques plutôt que des engins plus sophistiqués, type Paweway, a été payant. Quatorze des Mk-84 sur seize ayant fait mouche. Il faut dire que sur huit pilotes de F-16, Séla avait sélectionné deux as : le colonel Spektor (14 victoires, le 3ème as ex æquo de toute l’histoire de l’armée de l’air israélienne) et le lieutenant-colonel Nahoumi (7 victoires).
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